Le Rugby à XIII s’est implanté en France en 1934, en grande partie grâce à Jean GALIA, un international quinziste, seconde ligne de très grand renom, radié par la FFR XV pour raison de professionnalisme à un moment très critique de l’histoire du Rugby français. En effet, les Britanniques, en mars 1931, avaient exclu le XV de France du Tournoi des Cinq Nations car ils estimaient que ce jeu qu’ils voulaient purement amateur était particulièrement mal géré en France par des dirigeants peu scrupuleux, adeptes de l’amateurisme marron et de son inévitable corollaire, la violence pour la victoire à tout prix. Il est vrai que la presse française qualifiait alors le XV de "Rugby de muerte"… C’est dire !
Aussi, devant l’oukase des British, les dirigeants de la FFR XV voulurent faire amende honorable et décidèrent de choisir quelques joueurs pour en faire les boucs émissaires de l’affaire.
Le rugby à XIII s’implante en France et aussi à Roanne le 30 juin 1934
DEBOUTS : Déchavanne, Pearce, Duthel, Gibert, Savi, David, Gibert, Carrère,
Olivier (l’homme au chapeau). ACCROUPIS : Lamarque, Basque, Bélion, Chaud, Rouzié, X.
Jean GALIA, qui ne supportait pas l’hypocrisie, ne cachait point qu’il vivait confortablement de ses primes de joueurs : il fut le premier à être radié, dès novembre 1932. D’autres suivirent, dont deux joueurs du XV de Roanne, Henri DECHAVANNE et Antonin BARBAZANGES, ainsi que de futurs pensionnaires du RACING comme Charles PETIT (qui en devint le tout premier capitaine et entraîneur), Robert "Bob" SAMATAN (capitaine-entraîneur), Joseph CARRERE, Gaston AMILA (prêté au tout début par Lyon) ou encore Jean DUHAU (capitaine-entraîneur). Autour d’un GALIA très motivé, ces sept joueurs, et neuf autres, constituèrent l’équipe des 17 pionniers qui, en mars 1934, allèrent s’initier outre-Manche à ce Rugby dynamique et spectaculaire qui permettait desgains d’argent en toute légalité : le Rugby à XIII, Rugby League en anglais.
De retour en France, c’est l’engouement et, dès le 6 avril suivant, est créée la Ligue Française de Rugby à XIII dont le RACING Club de Roanne (qui dépose ses statuts le 30 juin 1934) sera l’un des dix clubs fondateurs avec Albi, Béziers, Bordeaux, Côte Basque, Lyon-Villeurbanne, Paris, Pau, Villeneuve sur Lot et le XIII Catalan. Ensuite se joignirent à la Ligue les noms prestigieux de Toulouse (1936), Carcassonne (1938), Lézignan (1938), puis, aprèsguerre ceux d’Avignon, Marseille, St Gaudens, Limoux, Carpentras…
Mais la contre-attaque sera virulente, venant de quinzistes se sentant – à juste titre – menacés dans le prestige du jeu de l’ovale ; elle sera également fort peu honorable : après avoir remonté les autres sports contre le soi-disant Rugby dissident qu’était à leurs yeux le XIII (tout treiziste était radié à vie de toute fédération amateur), ils empêcheront autant que faire se pourra que ces treizistes puissent disposer de stades et terrains municipaux pour jouer. Ils firent pression sur les municipalités concernées en les menaçant de ne plus organiser de rencontres de Football ou de Rugby à XV et même d’Athlétisme, si des professionnels y jouaient.
En agissant ainsi, la FFR XV espérait que les municipalités refuseraient l’accès de leurs stades aux treizistes pour ne pas déplaire aux amateurs. On vit même, à Villeurbanne, la piscine du complexe sportif où jouaient les treizistes être interdite à toute activité de Natation !!! C’est certainement que l’eau risquait d’être polluée par ces "sales pros".
Ce qui, en fait, était craint par les grandes fédérations prétendument amateurs, c’était le modernisme apporté par le Rugby à XIII. En faisant signer, pour la première fois en France, des contrats pour la seule durée d’une saison, les dirigeants treizistes innovaient totalement au sein du mouvement sportif français où les dirigeants traditionnels avaient, depuis toujours, barre absolue sur les athlètes et joueurs, lesquels devaient se plier sans sourciller à tout ce qui venait d’en haut. L’argent était tabou et c’est toujours le joueur qui trinquait en cas de problème, les dirigeants étant statutairement immunisés.
Pour sa part, le XIII introduisait la notion de contrat d’homme à homme, d’égal à égal : le joueur et le dirigeant s’engageaient réciproquement, chacun de façon responsable et au grand jour, dans le but commun de produire un spectacle sportif de qualité.
Aujourd’hui, c’est le lot commun de toute l’élite sportive. En 1934, c’était une révolution culturelle perçue comme quasi-subversive. D’où la mise à l’index du Rugby à XIII, dès ses premiers pas en France, toujours perceptible de nos jours de façon plus ou moins diffuse.
En tout cas, c’est dans ce contexte chaotique d’hostilité envers le nouveau jeu que le RACING débuta ses activités treizistes le 9 septembre 1934 puis, dans la foulée, le premier championnat de France de Rugby à XIII, le 7 octobre.
Après des débuts difficiles qui virent de nombreux problèmes de report ou d’inversement de matchs en raison de la véritable guerre des terrains livrée par les quinzistes, le néo-Rugby sut progressivement convaincre assez d’édiles du peuple pour s’assurer quelques terrains car, le spectacle treiziste étant de grande qualité, il attirait les foules.
Ainsi, le RACING attaquera très fort dès ce premier championnat 34-35 en se classant deuxième derrière Villeneuve sur Lot. Il remportera son premier titre en 1938 en balayant magistralement Villeneuve en finale de la Coupe de France sur le score sans appel de 36 à 12. L’année suivante verra le RACING s’adjuger contre le même adversaire (9-0) le titre de Champion de France 1939.
Dans les rangs du RACING, un joueur surclassera à l’époque adversaires et partenaires : Max ROUSIE, surnommé "Maxou". Sa classe insolente et vraisemblablement inépuisée fera de lui un joueur hors du commun : on le surnommera le Dieu du stade et les journalistes sportifs le classent toujours parmi les meilleurs joueurs de tous les temps, sinon le meilleur tout court. A ses côtés opérait un jeune basque au talent somptueux dont le nom a lui aussi traversé les générations : c’était Jean DAUGER.
Le RACING est alors au firmament d’un sport qui connaît un étincelant succès, éclipsant avec brio un rival quinziste exsangue et toujours dépourvu de relations avec les Britanniques.
Mais arrivera la période noire des années de guerre. Pour le XIII elle sera plus noire encore, car de 1940 à 1944 il sera purement et simplement interdit et ses biens seront spoliés. Les quinzistes en place dans le gouvernement de collaboration installé à Vichy saisiront l’occasion du manque total de démocratie pour prendre une fort peu glorieuse revanche en faisant porter par l’Etat Français un coup fatal à ceux qu’ils considéraient comme des ennemis, les treizistes.
A la fin de la guerre, le XIII parviendra à redémarrer, malgré tous les barrages qu’on voulait encore maintenir sur sa route. Le RACING renaîtra et récupérera une partie de ses joueurs vedettes et, avec le recrutement de jeunes talents qui deviendront par la suite des stars – Jo CRESPO, Elie BROUSSE, Pierre TAILLANTOU, Henri RIU, Robert ABADIE, les frères Henri et F…. GIBERT, Lucien BARRIS, René DUFFORT, Jean AUDOUBERT, Gaston COMES, Maurice VORON, etc. – cette équipe exceptionnelle deviendra à nouveau Championne de France, et ce deux ans de rang, en 1947 contre Carcassonne (19-0) et encore contre ces mêmes " Canaris " (3-2) en 1948, année qui verra le RACING s’adjuger une sorte de Trophée européen contre le Lancashire.
Lors du Championnat 1947-48, le rencontre contre Carcassonne attirera plus de 8 000 spectateurs, pour 7 065 entrées payantes. A cette époque, l’équipe dirigeante était particulièrement impressionnante : elle comptait près de 700 membres officiels et honoraires, surtout des bonnetiers.
Le club des supporters, quant à lui, n’était pas en reste : le président BERNICAT comptera jusqu’à 3 000 membres associés.
De 1950 à 1956, le président DEVERNOIS transférera toute l’équipe roannaise à Lyon et ce sera une période très difficile pour le nouveau président, Armand " Manou " FIGEAC, surtout la première année. Puis Louis BESSON viendra épauler " Manou ". Le club évoluera alors en série inférieure (2e division) jusqu’en 1956, année du retour du RACING à Roanne, sous la présidence de Jacques GAUTHERON.
De nouveau, le Rugby à XIII brillera de mille feux sur les bords de la Loire avec l’arrivée de nouveaux joueurs de grand talent comme Jean BARTHE, Aldo QUAGLIO, Claude MANTOULAN, Serge ESTIAU, Robert ERAMOUSPE, Gérard DAUTANT, Gérard CHALET, Alain PERDUCAT, Francis LEVY, Roger BRAVO, Jacky FERNANDEZ, Gérard BELIVAUD, etc. Ces joueurs contribueront largement à redorer le blason du RACING qui va, trois ans de rang, parvenir au sommet des compétions nationales. En 1960, ce sera le titre de Champion de France (31-24) contre ALBI ; puis, en 1961, ce sera la finale du championnat perdu in extremis contre LEZIGNAN (4-7) ; enfin, en 1962, le RACING ramènera à Roanne pour la dernière fois, à ce jour, la Coupe de France après avoir battu TOULOUSE en finale (16-10).
En 1964, le RACING connaît à nouveau une situation financière difficile et le club sera, cette fois, mis en sommeil jusqu’à ce qu’un jeune enseignant du lycée Carnot, Bernard VIZIER, ancien joueur du RACING, ne redémarre en 1967 une activité treiziste à base de scolaires, issus de trois établissements – Carnot, Sampaix et Saint Joseph (futur Saint Paul) – dont les enseignants d’EPS n’avaient pas accepté de se joindre au boycott du XIII, orchestré par leurs collègues, tenants de l’orthodoxie quinziste.
Avec une sélection de 20 jeunes cadets, Bernard VIZIER tente en avril 1968 une expérience jamais osée jusqu’alors : une tournée en Angleterre. En remportant les trois matchs à son programme, cette jeune équipe va contribuer de façon déterminante et décisive à la relance du Rugby à XIII à Roanne.
1968 verra donc le départ officiel, sous la présidence de Gérard SIGOURE, du nouveau ROANNE XIII. En 1971, ROANNE XIII s’incline en finale du Championnat de France de 2e division contre BORDEAUX (5-19), mais il aura gagné son pari : jouer à nouveau parmi les grands en Nationale. Cette même année, l’arrivée
aux commandes du président Antony MILLET va donner un nouvel élan au mouvement treiziste car ROANNE XIII doit désormais se mesurer aux pointures du Groupe B.
1976 sera l’année du retour parmi l’Elite du Groupe A. ROANNE XIII perdra en quart de finale, (7-8) contre ALBI qui deviendra Champion de France un mois plus tard, puis sera à nouveau vaincu (28-42) en demi-finale de la Coupe de France contre CARCASSONNE.
1980 : dès la reprise du Championnat, ROANNE XIII impose sa loi sur tous les terrains de France et de Navarre et sera sacré Champion d’automne. Il fera même trembler les fameux Kiwis néozélandais en tournée : 11-16 au Parc des Sports, devant plus de 4000 spectateurs.
En 1981, Jean-Michel CALSAT succède à Antony MILLET. En 1983, la dure loi du sport imposera à ROANNE XIII la relégation en Groupe B.
En 1984, sous la houlette du président Francisco GUILERA et de son adjoint, Jean-Paul GAUNE, ROANNE XIII disputera la neuvième finale de l’histoire du club mais sera battu par CAVAILLON, au Pontet (Vaucluse), devant 4 000 spectateurs.
En 1986, le président GUILERA ayant dû laisser la présidence pour raisons professionnelles, c’est à Bernard VIZIER et Jean-Jacques BROSSARSD que va être confiée la direction du club.
Sous la houlette du tandem François RODRIGUEZ – Bernard JACQUOLETTO, ROANNE XIII connaîtra à nouveau les honneurs et sera sacré Champion de France du Groupe B en battant LA REOLE (16-13). Ce succès garantissait le retour en Elite pour la saison 1986-87. Avec l’arrivée de joueurs australiens comme Ken WOLF, Terry STEVENSON et Russel BROWNING, ROANNE XIII fera trembler les plus grands et s’offrira même en prime une superbe victoire (26-13) sur le Champion de France en titre, avec la complicité d’une "soirée laser" qui avait attirée la foule des grands jours et surpris agréablement tous les spectateurs présents. Un grand bravo aux organisateurs de cette soirée : G. COURTINAT et Claude CASSAGNOL.
En 1990, Jean-Jacques BROSSARD, Daniel VIAL et quelques amis s’emparent du club avec l’espoir de faire un "grand" club. Espoir vite déchanté car, en décembre 1991, le tribunal prononce la liquidation des biens de ROANNE XIII. Dès lors, peu de gens souhaitent s’intéresser au Rugby à XIII : ainsi, la Mairie et l’Office municipal des Sports refusent d’aider le club et les médias ont plutôt tendance à l’enterrer qu’à l’aider à sortir la tête de l’eau.
Plus personne ne semble croire en l’avenir du XIII à Roanne. L’Adjoint aux Sports de l’époque déclare même que "tout à une fin, ce sport a vécu" article paru dans le Progrès. Pourtant, malgré la situation peut-être la plus critique de son histoire, le club ne s’éteindra pas et c’est Bernard VIZIER lui-même qui reprendra l’affaire en main avec le soutien d’un ancien de la grande époque – Robert ABADIE, qui prendra la présidence pendant deux ans –, de l’amicale des anciens joueurs, de la Ligue Rhône-Alpes, des frères Guy et Gérard BASTIANELLI et des joueurs Christian LASSALE, Krim GHANEM, Denis FILLON, etc.
Ainsi renaîtra le RACING, en 1992.
Après les efforts successifs des entraîneurs Guy PARRO, Jean-Paul DUMAS, Tim EGGERT et DAL SANTO, Jacky GIRONES, c’est François RODRIGUEZ qui parviendra à qualifier le RACING en demi-finale du Championnat. Chacun sait que pour briller à ce niveau, il faut un effectif solide et de qualité si l’on veut aboutir. Or, à ce jour, le RACING n’a pas les moyens financiers pour faire plus. Et faire autrement serait encore suicidaire.
Mais aujourd’hui – avec QUARANTE Juniors – le RACING peut espérer des lendemains meilleurs et peut-être reverrons-nous bientôt une nouvelle équipe digne de ses devancières au plus haut de l’affiche.